De la savane à la forêt
La RDC dispose d’une biodiversité immense, de la deuxième plus grande forêt tropicale du monde et des vastes étendues de terres arables inexploitées. La quasi-totalité des provinces du pays ont un fort potentiel agricole et une biodiversité riche et variée. Cette biodiversité n’est cependant pas équitablement répartie entre elles. L’ensemble des provinces formant ce qui est appelé le Grand Kasaï, est une zone dominée par la savane. Cette contrée au départ pauvre en flore et faune est, de surcroît, menacée par l’activité de la population qui y pratique l’agriculture sur brûlis et la carbonisation (production de charbon de bois). Ces pratiques ont modifié sensiblement l’environnement de ces milieux avec comme conséquences, la baisse de la pluviométrie, l’appauvrissement continu des sols, la disparition de plusieurs espèces végétales et animales à la recherche d’un biotope vivable.
Le territoire de Ngandajika, peuplé de 1.462.554 habitants (estimations de 2023), situé dans le Grand Kasaï, et précisément dans la province de Lomami, ne fait pas exception à cette règle. Pour cette raison, exerçant ses activités dans ce territoire effectivement dominé par une savane herbeuse clairsemée par quelques rares arbres, l’ONG ADETRAPE y a lancé, depuis 2016, une grande campagne agroforestière dans la localité de Bena Tshishiya, en groupement de Mpasu. Ce projet est baptisé « Ferme Agroforestière de Mpasu-Tshishiya », géolocalisable aux coordonnées suivantes : 6°47’54.8’’ de latitude Sud et 23°59’30.7’’ de longitude Est.

Objectifs
- Reboiser l’espace et améliorer la fertilité des sols ;
- Relancer l’agriculture vivrière biologique ;
- Restaurer l’écosystème dans cette contrée ;
- Fournir aux populations des produits ligneux et non ligneux de manière durable ;
- Créer des activités touristiques, académiques, scientifiques et culturelles autour de la forêt.
Pour y parvenir, l’ONG ADETRAPE a utilisé des semences provenues essentiellement du Jardin Botanique de Kisantu dans le Kongo Central (environ 90%), de l’INERA Ngandajika et de la Ferme de MAMPU de Mbankana, au plateau des Bateke.
Pour ce faire, une pépinière a été mise en place au village des Bena Tshishiya, dans laquelle une cinquantaine de personnes, femmes et hommes, travaillent en permanence depuis 2016 à ce jour.
Ce personnel s’occupe de l’arrosage et du suivi de la croissance des plantules en pépinière. Une fois que ces plantules atteignent la taille requise, cette équipe de l’ONG ADETRAPE procède au labour, à la préparation du sol, puis au piquetage du terrain et à la mise en terre des plantules provenant de la pépinière. Ensuite, elle suit la croissance de celles-ci jusqu’à leur autonomie, en nettoyant et sarclant le site quand c’est nécessaire, en élaguant les arbres, etc.
Résultat 1
Ce village qui n’avait presque plus d’arbres, est aujourd’hui complètement transformé, avec une forêt artificielle de plus de 165 hectares faisant la fierté du territoire de Ngandajika.
Cette forêt regorge actuellement de plus de 30 espèces d’arbres dont des arbres à bois d’œuvre, des arbres de reboisement, de charbon, des arbres de forêt, de couverture et de végétalisation, de construction, des arbres hôtes à chenilles et champignons, des plantes légumineuses, des arbres fruitiers comestibles (agrumes, mangues, avocats, mangoustans, safous, etc.) et non comestibles. Cette forêt a permis la restauration de la chaîne trophique au point de provoquer l’arrivée de plusieurs espèces animales dans cet espace. On y trouve aujourd’hui notamment des antilopes, des gazelles, des lièvres, des singes, des sangliers, des chacals, des renards, des chats sauvages, des caméléons, des fennecs, des tortues et plusieurs espèces de rongeurs (porcs-épics, rats, pangolins…), de reptiles et d’oiseaux (pigeons verts, pintades sauvages, corbeaux, chardonnerets élégants, colombars à front nu, chauves-souris…), sans oublier les insectes dont les abeilles, les chenilles, les grillons, les coccinelles, les papillons, les sauterelles, etc.
Résultat 2
Avant ce projet, pour un hectare de champ cultivé (maïs, arachide, soja, manioc), la récolte se situait en deçà de 500 kg. Grâce à l’agroforesterie, les récoltes atteignent aujourd’hui jusqu’à 5 tonnes à l’hectare, sans utilisation d’engrais, ni de produits chimiques.
Perspectives
Il est prévu dans cet espace, à moyen terme, l’organisation des activités touristiques dès lors que les infrastructures y afférentes seront construites. Il est aussi prévu que ce site, que l’ONG compte étendre, serve de matériel didactique et expérimental aux chercheurs et étudiants, aux artistes et artisans, pour des visites expérimentales, des stages et travaux professionnels, scientifiques, académiques, culturels ou autres.
